Zones inondables et cartographie

Repères de crues : signification, localisation et obligations des communes

22 septembre 2026 8 min de lecture Par Antoine Ponceau, Equipagro Environnement
Inondation en France (photo d'illustration)
Inondation à Pau

Un macaron bleu et blanc scellé à hauteur d'homme sur le mur d'une mairie, une inscription gravée dans la pierre d'un pont, une plaque discrète au coin d'une rue. Les repères de crues font partie du paysage urbain français depuis des siècles, souvent sans qu'on y prête attention. Ces marques rappellent pourtant l'histoire hydrologique d'un territoire et signalent le niveau atteint par les eaux lors des inondations passées. Depuis la loi Bachelot du 30 juillet 2003, les communes exposées ont l'obligation légale d'inventorier, poser et entretenir ces repères. Le décret d'application de mars 2005 et l'arrêté du 16 mars 2006 en fixent le modèle graphique. Ce dispositif s'inscrit dans une politique plus large d'information préventive des populations, portée par le portail Géorisques et la construction d'une culture du risque partagée. Comprendre ce que raconte un repère, où le trouver et comment l'exploiter permet à chaque habitant d'une commune exposée de mesurer concrètement le risque qui pèse sur son logement. Ce guide fait le point sur la signification de ces marques, les obligations qui pèsent sur les maires et l'utilité pratique de cette mémoire du risque à l'échelle de la rue.

Que sont les repères de crues et à quoi servent-ils ?

Les repères de crues sont des marques matérialisées sur le bâti qui indiquent la hauteur maximale atteinte par l'eau lors d'une inondation historique. Leur fonction est double, conserver la mémoire d'un événement et informer les habitants d'un risque susceptible de se reproduire.

La pratique est ancienne. Sur le quai du pont de l'Alma à Paris, la statue du Zouave sert de repère visuel officieux depuis la crue centennale de janvier 1910, quand la Seine atteignit 8,62 mètres à la station d'Austerlitz et paralysa la capitale pendant plusieurs semaines. À Orléans, Blois et Tours, plusieurs plaques rappellent la crue de la Loire du 2 juin 1856, avec des niveaux dépassant 7 mètres au pied des ponts.

Ces témoignages figés dans la pierre racontent une hydrologie oubliée. Les rivières ont une mémoire longue et les cycles centennaux réapparaissent. Un repère de crue donne trois informations essentielles, la date de l'événement, la hauteur d'eau atteinte au sol et la localisation précise. Il permet à un riverain de comprendre, en levant simplement les yeux, jusqu'où l'eau est montée à un endroit donné. Dans un pays où 17,1 millions de personnes vivent en zone potentiellement inondable selon le Commissariat général au développement durable, ces marques constituent le premier outil pédagogique de la culture du risque. Elles interpellent le passant plus efficacement que n'importe quelle carte réglementaire consultée en mairie.

Inondation à Lézignan-Corbières, crue de L'Aude

Que prévoit la loi Bachelot du 30 juillet 2003 ?

La loi Bachelot du 30 juillet 2003, portant le numéro 2003-699 et relative à la prévention des risques technologiques et naturels, a rendu obligatoire l'entretien et la pose de repères de crues dans les communes exposées. Son article 42, codifié à l'article L563-3 du Code de l'environnement, place cette responsabilité directement entre les mains du maire.

Le texte impose trois obligations concrètes, établir l'inventaire des repères existants sur le territoire, poser de nouveaux macarons après chaque crue significative, et garantir leur lisibilité dans la durée. Le décret n°2005-233 du 14 mars 2005 précise les modalités d'application, tandis que l'arrêté du 16 mars 2006 fixe le modèle graphique officiel du macaron.

Sont concernées toutes les communes couvertes par un plan de prévention des risques d'inondation approuvé ou en cours d'élaboration, ainsi que celles ayant subi une inondation majeure documentée. À défaut de sanction pénale explicite, le maire engage sa responsabilité au titre de son pouvoir de police administrative défini par l'article L2212-2 du Code général des collectivités territoriales. En 2021, plus de 12 000 communes françaises étaient couvertes par un PPRI approuvé selon le ministère de la Transition écologique. Chacune doit intégrer ces repères dans son document d'information communal sur les risques majeurs, le DICRIM, remis à disposition du public en mairie et dans les écoles.

Inondation en France (photo d'illustration)

Une plaque normalisée depuis l'arrêté de 2006

L'arrêté du 16 mars 2006 pris par le ministère de l'Écologie a mis fin à la disparité des marques anciennes en imposant un modèle unique de repère de crue sur tout le territoire national. Le nouveau macaron est circulaire, décliné en trois diamètres selon l'importance de la voirie, 80, 150 ou 200 millimètres. Sa couleur dominante, un bleu intense correspondant au Pantone 299, se détache nettement des façades claires.

La partie basse d'un liseré ondulé matérialise le niveau exact atteint par l'eau au sol. Le repère comporte obligatoirement trois éléments, la mention Repère de crue en toutes lettres, la date de l'événement au format jour, mois, année, et le nom du cours d'eau responsable. Les anciennes marques gravées, plaques de fonte du XIXe siècle ou traits peints d'après-guerre, conservent leur valeur historique et doivent être maintenues à condition d'être doublées d'un macaron réglementaire à proximité.

Le coût moyen de pose d'un repère normalisé oscille entre 150 et 300 euros par unité selon les données diffusées par le Centre européen de prévention des risques d'inondation, le CEPRI. Le choix d'un support pérenne reste capital. La circulaire du 16 mars 2006 recommande une fixation sur bâtiment public, murs de mairie, écoles, ponts communaux, plutôt que sur du bâti privé où la lisibilité risque de se dégrader à chaque ravalement. Cette standardisation vise un objectif simple, rendre le repère immédiatement identifiable, y compris pour un habitant de passage.

Inondation en France (photo d'illustration)
Inondation à Montélimar

Où localiser les repères de crues dans sa commune ?

La première source à consulter est le portail Géorisques, accessible gratuitement à l'adresse georisques.gouv.fr et géré par le Bureau de recherches géologiques et minières pour le compte du ministère de la Transition écologique. Sa rubrique cartographique dédiée référence à ce jour plus de 26 000 repères de crues sur l'ensemble du territoire français, avec pour chacun une photographie, les coordonnées GPS et la hauteur relevée.

La base est alimentée par un travail collaboratif associant les services de l'État, les collectivités et les associations de riverains. En complément, la mairie tient à disposition du public un registre communal des repères, obligatoire depuis 2005. Ce document liste les emplacements sur le territoire, avec un plan de situation. Le dossier départemental des risques majeurs, publié par la préfecture, en propose une synthèse à l'échelle du département.

Sur le terrain, les zones à examiner en priorité sont les abords des cours d'eau, les rues perpendiculaires aux quais, les ponts et les bâtiments publics anciens. À Nîmes, plusieurs plaques rappellent la crue du 3 octobre 1988, provoquée par un épisode cévenol exceptionnel et responsable de 9 décès selon la préfecture du Gard. À Vaison-la-Romaine, le repère marquant la crue de l'Ouvèze du 22 septembre 1992 est visible face à l'ancien pont romain, où l'eau monta de plus de 15 mètres au-dessus de l'étiage en quelques heures. La cartographie participative permet aussi aux habitants de signaler à Géorisques un repère non répertorié dans la base nationale.

Inondation à Chantonnay, crue du Lay
Inondation à Chantonnay

Comment exploiter un repère pour évaluer son risque ?

Un repère de crue placé à 1,80 mètre du sol devant une maison ne relève pas de la simple curiosité historique. Il indique jusqu'où monterait l'eau si l'événement se reproduisait dans des conditions similaires. Cette donnée conditionne le diagnostic de vulnérabilité, obligatoire dans les zones couvertes par un plan de prévention des risques d'inondation.

Selon la Caisse centrale de réassurance, un sinistre inondation pour un particulier coûte en moyenne 10 400 euros lorsque l'eau reste sous 50 centimètres, mais peut dépasser 40 000 euros au-delà d'un mètre. Chaque tranche de 10 centimètres supplémentaires alourdit la facture d'environ 15 % selon les données de la CCR. Concrètement, un habitant peut cartographier les points d'entrée de son logement par rapport à ce niveau, seuils de porte, soupiraux, aérations basses, bouches de VMC en pied de mur, tampons de regard.

Cette lecture concrète oriente les travaux d'adaptation. Le Fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit fonds Barnier, prend en charge jusqu'à 80 % du montant des travaux prescrits par un PPRI pour les biens d'habitation, dans la limite de 10 % de la valeur vénale du logement. Le budget annuel du fonds a dépassé 200 millions d'euros à partir de 2020 selon le ministère de la Transition écologique. Protéger les points bas avec un batardeau à seuil ou un cache d'aération devient alors un investissement rationnel, mesurable au regard de la hauteur inscrite sur la plaque de la rue.

Inondation en France (photo d'illustration)

Questions fréquentes

Un particulier peut-il poser lui-même un repère de crue ?

Non, la pose relève exclusivement du maire, garant de la conformité au modèle réglementaire fixé par l'arrêté du 16 mars 2006. Un habitant peut en revanche signaler un repère non recensé sur le portail Géorisques ou proposer un emplacement à sa mairie, qui reste seule habilitée à valider et poser le macaron officiel.

Que faire si un repère disparaît lors d'un ravalement de façade ?

Le propriétaire du bâtiment est tenu de préserver le repère au titre de l'article L563-3 du Code de l'environnement. En cas de dégradation liée à des travaux, il doit prévenir la mairie qui organisera la repose du macaron. La destruction volontaire d'un repère peut engager la responsabilité du contrevenant au titre des dégradations de bien public.

Les repères concernent-ils aussi les crues rapides et le ruissellement ?

Oui, la doctrine s'est élargie depuis les crues éclair du sud de la France dans les années 2000. Les inondations par ruissellement peuvent faire l'objet d'un repère à condition que la hauteur d'eau soit documentée. La commune de Draguignan a ainsi apposé plusieurs marques après la crue de la Nartuby du 15 juin 2010, qui fit 25 victimes dans le Var selon la préfecture.

Un repère de crue apparaît-il dans le diagnostic immobilier ?

L'information sur les risques doit être fournie au futur acquéreur ou locataire via l'état des risques et pollutions, ou ERP, exigé par la loi Bachelot depuis 2006. Le document mentionne la présence d'un plan de prévention mais pas les repères eux-mêmes. Le vendeur reste tenu d'informer l'acheteur des sinistres inondation indemnisés depuis 1982 au titre des catastrophes naturelles.

Peut-on retrouver la crue de référence du PPRI grâce aux repères ?

Oui, la crue historique de référence retenue par le plan de prévention figure dans son règlement, disponible en mairie et sur Géorisques. Cette crue correspond souvent à l'événement centennal connu, la crue de janvier 1910 pour la Seine, celle de juin 1856 pour la Loire moyenne, ou l'épisode cévenol des 8 et 9 septembre 2002 pour le bassin du Gard.

Une plaque bleue et blanche fixée à mi-hauteur d'un mur ne remplace pas un diagnostic complet, mais reste le point de départ le plus concret pour prendre la mesure du risque à son adresse. Une fois la hauteur historique lue et comprise, la protection des ouvertures basses par des dispositifs certifiés comme les batardeaux et caches d'aération conçus par Equipagro Environnement permet de réduire durablement la vulnérabilité du bâti.

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