TRI en France : liste des territoires à risque important d'inondation
21 septembre 2026•8 min de lecture•Par Antoine Ponceau, Equipagro Environnement
Inondation à Vayrac
En France, 124 Territoires à Risque important d'Inondation (TRI) concentrent une part disproportionnée du risque : 17 millions d'habitants vivent en zone potentiellement inondable selon le ministère de la Transition écologique, et près de 9 millions sont exposés aux débordements de cours d'eau. Ces périmètres, arrêtés par les préfets coordonnateurs de bassin depuis 2012, découlent d'une obligation européenne, la directive 2007/60/CE dite « directive inondation », transposée en droit français par la loi Grenelle II du 12 juillet 2010. Le troisième cycle de mise en œuvre, engagé en 2022 pour la période 2022-2027, a confirmé la liste et affiné les cartes des surfaces inondables et des risques. Derrière ces sigles administratifs se cachent des réalités très concrètes : la vallée du Rhône, la métropole lilloise, la Loire moyenne, le littoral vendéen après Xynthia, l'agglomération parisienne. Cet article détaille comment sont sélectionnés ces territoires, la liste par grand bassin, ce que la cartographie révèle et ce que cela change pour les communes et les habitants concernés.
Qu'est-ce qu'un TRI et comment la France l'a-t-elle défini ?
Un Territoire à Risque important d'Inondation est un périmètre où la concentration de population et d'activités économiques rend les conséquences d'une inondation particulièrement lourdes. La France en compte 124 depuis l'arrêté de 2012, chiffre confirmé lors du deuxième cycle en 2018 et maintenu pour le cycle 2022-2027.
Le cadre juridique remonte à la directive européenne 2007/60/CE du 23 octobre 2007, adoptée après les grandes crues du Danube et de l'Elbe de 2002 qui avaient causé plus de 20 milliards d'euros de dégâts en Europe centrale. La France l'a transposée par la loi n°2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement, dite loi Grenelle II, complétée par le décret n°2011-227 du 2 mars 2011.
La méthode de sélection repose sur l'Évaluation Préliminaire des Risques d'Inondation (EPRI), pilotée par la Direction Générale de la Prévention des Risques. Trois indicateurs sont croisés à l'échelle des bassins hydrographiques :
la population permanente exposée à une crue de fréquence centennale,
le nombre d'emplois situés dans l'enveloppe inondable,
la présence d'établissements sensibles comme les hôpitaux, écoles ou centrales.
Les 124 TRI couvrent au total près de 7 000 communes et concentrent, selon le Cerema, environ 70 % des enjeux nationaux exposés aux inondations. Chaque territoire fait ensuite l'objet d'une Stratégie Locale de Gestion du Risque Inondation (SLGRI), déclinée dans les Plans de Gestion des Risques d'Inondation (PGRI) actualisés tous les six ans par bassin.
Inondation à Pontorson
Quels sont les grands TRI par bassin hydrographique ?
Les 124 TRI se répartissent inégalement entre les sept grands bassins métropolitains et les territoires ultramarins. Le bassin Rhône-Méditerranée en compte 31, le plus grand nombre, suivi du bassin Loire-Bretagne avec 22 périmètres et du bassin Seine-Normandie avec 16 territoires selon les données publiées sur Géorisques.
Sur le bassin Rhône-Méditerranée, figurent notamment les TRI de Lyon (près de 400 000 habitants exposés), Avignon-Plaine du Tricastin, Marseille-Aubagne, Nice-Cannes-Mandelieu et Montpellier-Lunel. La crue de référence reste souvent celle de décembre 2003 sur le Rhône aval, qui avait atteint 10,50 m à Beaucaire et provoqué plus d'un milliard d'euros de dommages.
Sur le bassin Loire-Bretagne, les TRI d'Orléans, Tours, Angers, Nantes et Saint-Nazaire couvrent la Loire moyenne et aval. La crue historique de 1856 avait atteint 7,10 m à l'échelle d'Orléans, un niveau qui, s'il se reproduisait aujourd'hui, submergerait selon la DREAL Centre-Val de Loire environ 300 000 habitants.
Le bassin Seine-Normandie intègre les TRI de la métropole francilienne, du Havre, de Rouen, de Compiègne-Chauny et de Meaux. La crue centennale de la Seine en région parisienne représenterait, selon l'OCDE (2014), jusqu'à 30 milliards d'euros de dommages directs.
Les bassins Adour-Garonne (18 TRI), Rhin-Meuse (10) et Artois-Picardie (5) complètent la carte métropolitaine. Les départements et régions d'outre-mer comptent 22 TRI supplémentaires, dont Saint-Denis à La Réunion, Fort-de-France, Cayenne et Mamoudzou.
Inondation à Castelsarrasin
Comment consulter la cartographie officielle des TRI ?
La cartographie des TRI est consultable gratuitement sur Géorisques.gouv.fr, le portail officiel du ministère de la Transition écologique, ouvert au public depuis 2014 et refondu en 2020. L'internaute saisit une adresse et visualise en quelques secondes l'appartenance ou non à un TRI, ainsi que les cartes des surfaces inondables associées.
Pour chaque TRI, trois scénarios de crue sont cartographiés conformément à l'article R.566-7 du code de l'environnement :
un événement fréquent, de période de retour comprise entre 10 et 30 ans,
un événement moyen, de période de retour d'environ 100 ans,
un événement extrême, de période de retour supérieure à 1 000 ans.
Chaque scénario est décliné en cartes de hauteurs d'eau (classes de 0-0,5 m, 0,5-1 m, 1-2 m et plus de 2 m), de vitesses d'écoulement et de population exposée. Un TRI côtier ou estuarien, comme celui du Havre ou de La Rochelle, intègre en outre l'aléa submersion marine avec un rehaussement de 20 cm pour tenir compte du changement climatique à l'horizon 2100, conformément à la circulaire du 27 juillet 2011.
Le portail Vigicrues, opéré par le Service Central d'Hydrométéorologie et d'Appui à la Prévision des Inondations (SCHAPI) créé en 2003, complète l'information avec la surveillance en temps réel de plus de 22 000 km de cours d'eau. En parallèle, les Plans de Prévention des Risques Inondation (PPRi) approuvés au niveau communal sont accessibles depuis la même plateforme et opposables aux permis de construire.
Inondation à Bayonne
Quels effets sur l'urbanisme et les projets de construction ?
L'appartenance à un TRI n'entraîne pas directement de règles d'urbanisme opposables, mais elle déclenche l'élaboration ou la révision prioritaire d'un Plan de Prévention des Risques Inondation (PPRi). Fin 2024, selon le ministère de la Transition écologique, plus de 12 000 communes françaises étaient couvertes par un PPRi approuvé, dont la quasi-totalité des communes situées dans un TRI.
Le PPRi s'impose au Plan Local d'Urbanisme (PLU) comme servitude d'utilité publique. Il découpe le territoire en zones réglementées, généralement selon un code couleur : rouge pour l'inconstructible, bleu pour le constructible sous conditions, blanc pour les secteurs sans aléa significatif. En zone rouge, seules les extensions limitées, souvent plafonnées à 20 m² d'emprise au sol, sont tolérées.
Depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018, l'information de l'acquéreur ou du locataire (IAL) est obligatoire dès la première visite d'un bien situé dans un périmètre à risque. Le formulaire État des Risques et Pollutions (ERP) doit être annexé à toute promesse de vente ou bail signé, sous peine d'annulation possible ou de réduction du prix.
Un maître d'ouvrage bâtissant en zone constructible d'un PPRi doit respecter des prescriptions techniques : plancher du premier niveau habitable au-dessus de la cote de référence (souvent la crue centennale majorée de 20 cm), matériaux résistant à l'immersion en rez-de-chaussée, tableaux électriques rehaussés, batardeaux amovibles aux ouvertures. Ces obligations, contrôlées par l'attestation de conformité déposée en mairie, conditionnent la délivrance du permis de construire.
Inondation à Annonay
Combien coûtent les inondations et comment se protéger ?
Les inondations constituent le premier risque naturel en France en volume d'indemnisation. Selon le rapport 2023 de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), le coût moyen annuel des inondations pour le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles s'élève à 1,3 milliard d'euros, et pourrait grimper à 2,2 milliards d'ici 2050 sous l'effet du changement climatique.
Les grands événements récents illustrent cette progression : les crues des Alpes-Maritimes lors de la tempête Alex en octobre 2020 ont coûté 210 millions d'euros à la CCR, celles du Pas-de-Calais de novembre 2023 à janvier 2024 environ 640 millions d'euros pour plus de 25 000 sinistres déclarés. La crue de la Seine de juin 2016 avait, elle, atteint 1,4 milliard d'euros de dommages assurés.
Pour financer la prévention, l'État mobilise le Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs (FPRNM), dit Fonds Barnier, créé par la loi du 2 février 1995 et doté d'environ 205 millions d'euros par an. Il finance jusqu'à 80 % des études et travaux de prévention imposés par un PPRi aux particuliers, dans la limite de 36 000 euros par bien pour un logement d'habitation.
À l'échelle d'un logement, les mesures individuelles réduisent significativement les dégâts. L'ADEME estime qu'un rez-de-chaussée équipé de protections adaptées limite les dommages de 30 à 50 % pour une crue de moins d'un mètre. Cela passe par l'installation d'un batardeau à chaque ouverture, la pose de caches VMC étanches, la sécurisation des trappes de cave et la mise hors d'eau des équipements électriques.
Questions fréquentes
Combien de TRI compte la France en 2026 ?
La France compte 124 Territoires à Risque important d'Inondation, dont 102 en métropole et 22 en outre-mer. Ce nombre, fixé en 2012, a été confirmé lors du cycle 2022-2027 de la directive inondation.
Comment savoir si ma commune est classée en TRI ?
Le portail Géorisques.gouv.fr permet de vérifier gratuitement l'appartenance d'une adresse à un TRI et de consulter les cartes de surfaces inondables associées. La mairie et la préfecture publient également la liste des communes concernées dans le Plan de Gestion des Risques d'Inondation du bassin.
Un TRI empêche-t-il de vendre ou d'acheter un bien immobilier ?
Non, mais l'information de l'acquéreur ou du locataire (IAL) devient obligatoire dès la première visite depuis la loi ELAN de 2018. L'État des Risques et Pollutions doit être annexé à la promesse de vente, sous peine d'annulation ou de réduction du prix.
Quelle est la différence entre un TRI et un PPRi ?
Le TRI est un périmètre stratégique de connaissance et d'action à l'échelle d'un bassin de vie, sans effet réglementaire direct. Le PPRi, lui, est un document opposable qui édicte les règles de construction et d'usage des sols dans les zones inondables d'une commune.
Le Fonds Barnier finance-t-il les protections individuelles contre l'eau ?
Oui, le Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs prend en charge jusqu'à 80 % du coût des travaux prescrits par un PPRi pour un particulier, dans la limite de 36 000 euros par bien. Cela concerne notamment les batardeaux, clapets anti-retour et rehausses d'équipements sensibles.
Vivre dans un TRI ne signifie pas subir : la connaissance du risque, l'information de l'acquéreur et les aides publiques permettent d'anticiper. Pour les logements exposés situés en zone bleue d'un PPRi, les équipements amovibles proposés par Equipagro Environnement offrent une réponse concrète pour protéger portes, ouvertures basses et aérations.